Le paradoxe du leadership bienveillant : 4 repères pour inspirer la motivation intrinsèque
- Caroline Paré

- 21 oct. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 27 oct. 2025

Dans le monde du travail contemporain, le concept de leadership bienveillant est souvent mis en avant. Et à juste titre : nous avons besoin de leaders humains, à l’écoute, capables de créer un sentiment d’appartenance et de confiance.
Mais il existe une forme de leadership plus ambiguë qui emprunte les codes de la bienveillance… tout en entretenant, parfois inconsciemment, des dynamiques de contrôle. Ces leaders parlent souvent de leur équipe comme d’une famille, utilisent des expressions affectueuses comme « mes cocos » ou « mes petits loulous » et affirment avoir “à cœur le développement” de chacun. Pourtant, derrière ces mots chaleureux peut se cacher une réalité plus complexe.
S’inspirant notamment des travaux de Jacques Forest dans son livre Libérer la motivation, fondés sur la théorie de l’autodétermination, cet article explore aussi les dynamiques psychologiques qui influencent notre façon de diriger telles que le triangle dramatique de Karpman (sauveur, victime, persécuteur) et les dynamiques d’attachement qui peuvent colorer les relations hiérarchiques.
Il met également en lumière plusieurs schémas émotionnels inconscients, décrits par Jeffrey Young dans la Thérapie des Schémas, ces modes de fonctionnement forgés dans l’enfance qui se rejouent, parfois malgré nous, dans notre manière de gérer, de collaborer ou d’influencer.
Une lecture qui ne cherche pas la confrontation, mais plutôt une invitation à la réflexion pour incarner une forme de leadership où la bienveillance devient un levier de croissance et non un outil de contrôle insidieux et toxique.
Les aspects positifs : quand la bienveillance est sincère
Ce style de gestion a indéniablement des effets positifs :
Un fort sentiment d'appartenance : les employés se sentent valorisés, reconnus, inclus.
Une proximité relationnelle : la communication est plus fluide, les échanges plus humains.
Une attention réelle au bien-être : les besoins individuels sont pris en compte, favorisant la motivation et la cohésion d’équipe.
Lorsqu’il est authentique, ce leadership crée des environnements où il fait bon évoluer.
⚠️ Les dérives possibles : quand la “famille” devient un levier de contrôle
Lorsque le leadership “familial” perd son équilibre, il peut générer des dynamiques subtiles, mais profondément limitantes pour la croissance des employés et même du gestionnaire.
👉 4 repères fondamentaux pour éviter les dérives et inspirer la motivation intrinsèque
Flou des rôles et des frontières: Restaurer la clarté et la responsabilité partagée
La proximité affective peut parfois brouiller la distinction entre lien professionnel et lien personnel. Le gestionnaire, animé par une intention de soutien, peut glisser, souvent sans s’en rendre compte, vers un rôle de “sauveur”, tandis que l’employé est subtilement positionné dans un rôle de “victime” ou d’enfant à protéger. Cette dynamique d’infantilisation rend alors plus difficile l’expression d’un désaccord ou la remise en question d’une décision, car la relation devient émotionnellement chargée.
Pour nourrir la motivation intrinsèque, le repère ici est la clarté du cadre et la responsabilité mutuelle. Retrouver un équilibre d'adulte à adulte, où la collaboration se fait dans le respect du cadre hiérarchique mais sur un plan d'égalité psychologique, permet à chacun de se sentir acteur de la relation.
C’est dans cette clarté que renaissent la confiance, la responsabilisation et l’équilibre, les 3 leviers naturels de la motivation intérieure qui favorise l'émancipation des 2 parties.
Gestion par culpabilisation et redevance: Encourager l'autonomie émotionnelle
Sous une apparente bienveillance, certains leaders peuvent inconsciemment activer une dynamique semblable à celle d’un enfant qui ose défier un parent ou de celle d'un parent déçu par un enfant. Lorsqu’un employé exprime une divergence par exemple, cela peut être perçu, encore une fois inconsciemment, comme une insubordination affective. Le gestionnaire réagit alors par des phrases teintées de culpabilité ou de dette émotionnelle, du type :
“Ce n’est pas un désaveu, mais je t’avoue que je ne m’attendais pas à ça de ta part.”
“Tu sais que je me bats toujours pour vous, alors j’espère que tu comprends ma position.”
“Avec tout le soutien que je t’ai donné, je suis surprise de ne pas avoir été consultée.”
Ces formulations ont en commun de déplacer la responsabilité émotionnelle sur l’employé, en l’amenant à se sentir redevable ou ingrat, d'avoir été authentique dans l'expression de ces valeurs ou d'avoir simplement fait preuve d’initiative. Derrière ces mots se cache souvent une tentative inconsciente de protéger sa position et son influence émotionnelle. Ce mécanisme empêche la remise en question ouverte et entretient un lien d’allégeance affective, au détriment d’une relation professionnelle fondée sur la confiance mutuelle et la reconnaissance des compétences.
Le repère ici est de remplacer la redevance émotionnelle par la reconnaissance de la compétence. Quand un leader valide l’autonomie d’action et valorise les prises d’initiatives, il nourrit chez ses employés un sentiment clé de la motivation intrinsèque : la compétence perçue. C'est ce qui transforme la loyauté affective en engagement sincère.
Frein à l’épanouissement: Favoriser la sécurité dans l’autonomie
Lorsque l’employé gagne en assurance et commence à se positionner de manière plus autonome, le gestionnaire peut ressentir une insécurité subtile : peur de perdre le contrôle ou la reconnaissance.
Elle se manifeste par des remarques correctives, des rappels implicites à “comment les choses se font ici”, ou encore par une mise en doute douce des nouvelles approches proposées. Le discours de développement n’est plus aligné avec les actes. Et en voulant “protéger” son rôle et son image, le leader freine, sans s’en rendre compte, la croissance de ceux qu’il prétend faire grandir.
La clé est la sécurité psychologique dans l'autonomie: permettre à l'autre d'explorer, d'essayer, de se tromper, sans perdre la confiance de son leader. C'est cette sécurité intérieure qui permet à la motivation intrinsèque de s'ancrer durablement.
Jugement et signaux intuitifs: Cultiver la cohérence relationnelle
L’incohérence se perçoit à un niveau plus subtil. L’incohérence se perçoit à un niveau subtil : un ton condescendant, une remarque à double sens, des questionnements qui semblent chercher la faille plutôt qu’à mener à des solutions qui élèvent …Même sans preuve tangible, on “sent” que quelque chose sonne faux. Cette dissonance entre le discours bienveillant et l’attitude réelle mine la confiance et installe un doute sur la sincérité du lien.
La cohérence entre le discours et la présence est fondamentale. Lorsque le leader incarne ce qu'il dit avec authenticité et alignement émotionnel, il crée un climat de sécurité et de confiance où les employés se sentent libres de contribuer pleinement.
Retrouver l’équilibre : du lien humain à la maturité relationnelle
Ainsi, derrière chaque dérive du leadership bienveillant se cache un besoin fondamental, soit celui de restaurer les trois piliers de la motivation intrinsèque:
- la compétence, nourrie par la reconnaissance, la sécurité et la confiance;
- l'autonomie, soutenue par la clarté du cadre et la responsabilisation;
- l'appartenance, renforcée par un lien authentique et équilibré.
C’est l’harmonisation de ces trois dynamiques qui transforme la bienveillance en véritable moteur de croissance partagée.
Un leadership authentiquement bienveillant n’infantilise pas : il élève. Il soutient le développement sans chercher à en être la source exclusive. Il reconnaît les émotions sans en faire un outil d’influence, il motive non par attachement, mais par confiance dans la capacité de l’autre à grandir.
C’est ce type de leadership qui permet à une équipe de se sentir à la fois soutenue et libre, engagée et responsable.
Et toi ?
Quel style de leadership souhaites-tu réellement incarner ?
Celui qui protège… ou celui qui élève ?
Celui qui rassemble autour de lui… ou celui qui inspire l’autonomie et la croissance durable ?
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